jeudi 27 novembre 2008

Patrimoine : Minkeng Mi Mbon, réservé aux guerriers


Chez les Etons et les Manguissas, les jeunes ayant passé avec succès l'étape préparatoire au rite So'o s'adonnaient à cette danse pour célébrer leur bravoure.

En langue Eton ou Manguissa, les Mbon sont les nouveaux guerriers. Ils ont suivi une longue préparation dans la forêt.
Une fois de retour au village, après une longue absence, ces nouveaux combattants, pour montrer leur vaillance et leur bravoure, dansent le Minkeng Mi Mbon. Les Minkeng désignent les instruments de musique, sorte de balafons à plusieurs sons, qui accompagnent les pas des danseurs.

Aloys Nke, 76 ans, appartient à une famille de danseurs du village Mendouga Mokala, dans l'arrondissement de Sa'a, département de la Lékié, province du Centre. Il explique que jouer du Minkeng Mi Mbon était très couru dans son village. Tout le monde venait acclamer les nouveaux défenseurs de la communauté. La danse permettait aux guerriers de retracer quelques-uns des moments forts de leur formation en forêt. Ils dansaient munis chacun d'un chasse-mouche ou de tout autre objet, en guise d'arme. Les danseurs, tantôt simulent la chasse de l'éléphant, tantôt miment la traversée d'un fleuve en pirogue. Parfois, ces nouveaux guerriers traduisent aussi les moments d'incertitude de leur pénible formation militaire. Lorsqu'un danseur s'écroule, par exemple, c'est pour signifier qu'un jour, lors d'une épreuve, il était à bout de souffle et ne pouvait plus suivre le reste du groupe. Alors, les autres danseurs le transportent sur leurs épaules, pour montrer à tout le village comment ils avaient été solidaires à l'égard de leur camarade. Ce qui lui avait permis d'aller jusqu'au bout de sa formation.

Aloys Nke explique également que les costumes des danseurs du Minkeng Mi Mbon montrent bien que " ces jeunes gens n'ont plus rien d'ordinaire, ce sont désormais des guerriers prêts à partir au champ de bataille ". Chacun d'eux a le corps enduit d'argile blanchâtre et arbore, pour seul vêtement, l'" Obom ", sorte de gros caleçon fabriqué à partir d'une écorce d'arbre.
Le Minkeng Mi Mbon, comme plusieurs autres danses rituelles, tend à disparaître. " Dans l'arrondissement de Sa'a, il n'y a plus qu'une poignée de villages où l'on s'adonne encore à la danse des guerriers ", déplore Nke. Le vieil homme s'attelle à maintenir en activité l'un des rares groupes existant, et consacre désormais la majeure partie de son temps à transmettre l'art du Minkeng Mi Mbon aux jeunes.

Écrit par Assongmo Necdem

http://www.lejourquotidien.info/index.php?option=com_content&task=view&id=1753&Itemid=62

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