dimanche 4 avril 2010

Ecrans noirs 2010 : Le temps du débat

Colloque : Comment peuvent interagir la littérature et le cinéma ?

Des écrivains et des cinéastes vont jeter les bases d’une indispensable coopération qui a fait ses preuves ailleurs lors d’un colloque organisé en marge du festival Ecrans noirs 2010.
Sembène Ousmane restera pour longtemps encore, une figure de proue de ce que l’Afrique aura engendré comme grands hommes de culture. Ecrivain, il aura marqué plusieurs générations de ses textes aussi engagés que truculents. Cinéaste, il aura laissé une œuvre d’une beauté exceptionnelle. Ils ne se comptent plus, les succès de librairie qui ont autant été des succès du box office mondial. En Afrique aussi, et singulièrement au Cameroun, un nombre sans cesse croissant d’œuvres d’écrivains inspirent les scénaristes, qui y puisent abondamment pour réaliser leurs films.

La première expérience camerounaise d’adaptation d’une œuvre littéraire au cinéma a été incontestablement, celle de Sango Malo, sorti en 1991. Le premier long métrage du réalisateur camerounais Bassek ba Kobhio est en réalité la transposition au cinéma de son roman «Sango Malo, le maître du canton», édité en 1991 chez L’Harmattan dans la collection Encres noires. Le film se déroule dans un village du Cameroun. Lebamzip, une bourgade située à quelques kilomètres de Sa’a, s’apprête à vivre une rentrée des classes ordinaire. Mais l’arrivée d’un nouveau maître d’école, Bernard Malo Malo, va vite provoquer bien des remous. Jeune homme libertaire, fraîchement sorti de l’École Normale des Instituteurs de Yaoundé, Malo Malo conçoit l’enseignement comme une ouverture sur le monde. Avec ses élèves, il passe autant de temps en classe que dans les champs et aborde tous les sujets, la politique comme la sexualité. Ces méthodes, qui ne plaisent guère au directeur de l’école, rendront inévitable l’affrontement entre les deux hommes. Une saison durant, le village de Lebamzip vivra des moments peu ordinaires, à la fois terribles et merveilleux. Sango Malo propose une réflexion à propos du système éducatif et des valeurs traditionnelles de la culture africaine que son auteur, Bassek Ba Kobhio, matérialise avant tout sous la forme de roman littéraire.

D’autres œuvres ont été adaptées au cinéma. «Le silence de la forêt», l’autre film produit par Bassek ba Kobhio et coréalisé avec Didier Ouénangaré, est une adaptation du roman éponyme d’Etienne Goyémidé, publié chez Hatier en 1984. Sorti en 2003, le film retrace l’odyssée d’un instituteur, Gonaba. Nommé Inspecteur des Ecoles à Bangui après des études en France, décide brusquement de tout abandonner pour aller vivre au cœur de la forêt équatoriale, domaine des pygmées Babingas. Son projet : les aider à s'émanciper des "hommes grands" dont le racisme lui est intolérable, quarante ans après l'indépendance du pays. Au terme d'une longue épreuve, une vérité immuable : le bonheur est la chose la plus relative au monde.
Enivré par le plaisir que l’écrivain devenu cinéaste éprouve en adaptant des succès de librairie au cinéma, Bassek Ba Kobhio, le président du festival Ecrans noirs, a proposé un colloque qui lance les passerelles de collaboration entre les deux genres. Pressentie pour modérer les échanges qui auront lieu entre les professionnels des deux formes d’expression artistique, Mary Ndiaye, l’écrivaine prolifique sénégalaise de “Trois femmes puissantes” publié chez Gallimard en 2009, et de “Rosie Carpie” paru aux Editions de minuit en 2009, et coscénariste de «White material», le film de Claire Denis qui sera prjteté en clôture de la 14ème édition du festival Ecrans noirs 2010, l’auteure partagera son expérience de l’adaptation cinématographique des œuvres littéraires avec d’autres professionnels de littérature et du cinéma. Un rendez-vous considéré comme une attraction du festival 2010.

ÉCRIT PAR JACQUES BESSALA MANGA

http://www.quotidienlejour.com/double-page-/reportage/1740-ecrans-noirs-2010-le-temps-du-debat

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